Réouverture du canal de Lachine
à la navigation, enfin!
par Jean-Pierre Wilsey, février 2003

L’auteur a navigué pendant plusieurs années
sur le lac Champlain, le fleuve Saint-Laurent et la rivière Saguenay en
voilier. Il est directeur d’une entreprise qui offre des croisières sur le
Canal de Lachine à Montréal.

La
réouverture à la navigation du Canal de Lachine au printemps 2002 a représenté
un tournant majeur pour ce plan d’eau qui fut complètement fermé aux bateaux
en 1970. Ce projet s’inscrit dans une volonté de réhabiliter les
infrastructures de transport maritime et les zones industrielles sur leur déclin.
Les défis sont nombreux. La nouvelle dynamique , créée par un accès plus
large à ce plan d’eau, devra bénéficier au maximum de personnes et en
premier chef aux résidents du Sud-Ouest de Montréal.
Jusqu’à la construction du Canal, la seule façon
de franchir la dénivellation des rapides de Lachine, c’était à l’aide
d’embarcations spéciales : des bateaux à voile plats, en pin, étroits à
l’avant et à l’arrière à la manière d’un canot. Ces bateaux de 40
pieds par 10 pieds remontaient le courant, halés à bout de bras le long du
fleuve. Les premiers colons cherchèrent très tôt un moyen de contourner le
sault Saint-Louis. Entre Montréal et Lachine, la voie la plus naturelle suivait
la rivière Saint-Pierre et le lac à la Loutre, au pied de la falaise sur
laquelle serpentait la route Upper Lachine Road, entre la tannerie des Rolland
et le village de Lachine. L’autre chemin était le bord du fleuve (l’actuel
boulevard LaSalle-Wellington) qui pris le nom de Lower Lachine Road).
Ouvert
à la circulation maritime pour la première fois en 1825 et modifié à
plusieurs reprises tout au cours du 19è siècle, le Canal de Lachine d’une
longueur de 14,1 km a joué un rôle majeur dans le développement industriel et
économique de Montréal et du Canada. Une bonne partie de la bande longeant a
favorisé l’implantation d’usines qui ont été au coeur de
l’industrialisation de ce pays. Après avoir connu son apogée au début du 20è
siècle, le Canal a vu son rôle diminuer et son importance décroître de plus
en plus à partir de la fin de la Deuxième guerre mondiale. Parmi les
explications de ce déclin, nous y trouvons un lieu inadapté aux nouveaux
besoins dans le domaine de la navigation (ex.: les bateaux étaient de plus en
plus gros), un vaste mouvement de désindustrialisation des vieux milieux
urbains, etc. Le coup fatal fut l’ouverture de la Voie maritime du
Saint-Laurent en 1959.
Attendue depuis plus de 20 ans, cette réouverture
donne un nouveau souffle et une nouvelle vocation à ce site. L’accès de ce
Canal aux bateaux de plaisance, l’aménagement des nombreux pôles et
l’implantation de nouvelles infrastructures qui jalonnent ce parc historique
permettent de multiplier les occasions d’affaires et de revitaliser tout ce
secteur.
Malgré
une importante contrainte, le tirant d’air est limité à huit pieds, il est
maintenant possible de franchir cinq écluses entre le Port de Montréal et le
lac Saint-Louis et ainsi naviguer sur un plan d’eau situé en plein cœur
d’un important centre urbain nord-américain. L’an 2002 a représenté la
phase 1 de ce projet, les prochaines années devraient permettre de développer
de nouveaux projets en rive. Je pense tout particulièrement au bassin Peel
(situé près du Vieux-Montréal) qui devrait être transformé d’ici 2004 en
marina ou Port d’escale avec services nautiques, bistrots, animation
populaire.
Espérons que la nouvelle dynamique provoquée
par les activités du Canal de Lachine favorise la réouverture d’un autre
plan d’eau, le Canal de Soulanges (permettant de passer du lac Saint-Louis au
lac Saint François). Cela donnerait un bon coup de pouce au développement du
tourisme nautique dans la grande région de Montréal.