L’ennui
de vous ou le contrôle de l’ennui ou l’ennui du contrôle!?!?
par
Thérèse Drasse, mai 2003

Vous
partez? Vous avez pensé à tout? Avant, vous l’avez rêvé;
maintenant vous le préparez. Dépendant du temps que vous croyez partir
sur votre bateau, vous avez mis des mois,
souvent
des années à vous préparer. D’abord, penser. Toujours un petit coin
du cerveau réservé. Puis noter tout, calculer tout: des victuailles,
de l’énergie des batteries, des sous que toute cette croisière
demandera, en passant par la quantité d’eau potable. Rien n’a été
négligé. Même la famille et les amis ont été préparés à votre départ.
Vous êtes allés jusqu’à prévoir l’imprévu. Absolument
impossible d’avoir oublié quelque chose. Vraiment? Vous en êtes
certain? C’est ce que croyaient Marcel et Ghyslaine que j'avais
interviewés dans le cadre de la Conam juste quelques jours avant leur départ
vers le sud sur Magibourg II
-
"Je
m’ennuie de 'poi' maman!"
Un
de mes fils me disait ces quelques mots à trois ans quand je lui téléphonais
avant sa sieste. Cette phrase m’a marquée à jamais, tout comme la
lettre datée du 10 janvier 2002 que Marcel m’avait fait parvenir.
J’avais demandé à Ghyslaine et Marcel de me faire part de leurs
impressions quelque 4 mois après leur départ. Ghyslaine a répondu par
ce courriel laconique: "Marcel va t’écrire une lettre".
J’ai gardé cette lettre de confidences de Marcel, précieusement
comme une grande marque de confiance et d’amitié, la lisant à
intervalle régulier, ne trouvant pas comment arriver par mes écrits à
être à la hauteur de l’ouverture de son coeur.
Pour
la plupart, vous les connaissez, même plus que moi. Ghyslaine et Marcel
représentent d’abord la durée d’un couple mais davantage, la durée
heureuse d’une union. J’ai perdu quelques illusions sur l’amour
mais quand je les vois, je retrouve une certaine sérénité. C’est le
qualificatif parfait pour Ghyslaine: sereine, respectueuse de la différence
de l’autre. Je parlerai peu d’elle ici, mais je suis persuadée
qu’il lui a fallu beaucoup de respect et d’amour envers Marcel pour
revenir, toujours aussi sereine et souriante. Il est vrai que Marcel dit
d’elle qu’elle est la meilleure skipper qu’il connaisse! Voyez le
genre! Je n’essaierai même pas d’atteindre sa cheville.
Ce
n’est pas l’eau qui s’est infiltrée dans la coque. Quelque chose
de plus insidieux, de plus pernicieux. Un peu comme l’humidité qui
traverse le corps. Quand nous en sommes imprégnés, il est trop tard.
Vous aurez compris que je ne vous parle pas de l’ennui tout court
–qui a le temps de s’ennuyer sur un voilier?- non, de l’ennui
de… et de… et de… Mais avant l’ennui, Marcel prenait conscience
d’une autre facette de sa personnalité.
Marcel
se définit comme un homme d’action - qui n’est pas d’accord avec
lui? - il écrit dans sa lettre:
-
"du type entrepreneur, j’aime les défis, les
projets……Toujours être en situation de contrôle pour respecter mes
objectifs…"
-
"A compter du départ du quai de chez Gosselin, chaque instant de
ta vie est contrôlé en fonction du bateau (vitesse, tirant d’eau, mécanique
etc.) et surtout des conditions de la météo. Quand tu es "cloué"
dans le fond d’une baie à attendre des conditions météorologiques
favorables, et ce pour plusieurs jours ,voire des semaines… le moral
en prend tout un coup…"
Il
n’était donc pas préparé à cette perte de contrôle non plus à
cet autre imprévu qu’il ne connaissait pas: l’ennui. L’ennui
s’est insinué comme une larve faisant son chemin dans le creux d’un
arbre. Lentement, mais sans arrêt, l’ennui a creusé son tunnel,
vidant de son essence ce père de 4 grands enfants et grand-père de 2
petits-enfants.
-
"L’ennui d’être éloigné de ma famille, de mes enfants
et petits-enfants et de tout mon entourage."
Et
il termine:
"Jamais je n’aurais imaginé connaître un tel ennui."
Mais
il a eu la générosité de nous en parler. Cet homme d’action et de cœur
est Marcel Bourgault. Merci à vous deux d'être parmi nous. Au fait,
vous ai-je déjà dit que nous avions aussi souffert de l'ennui de vous?