Accueil Remonter

 

Quelques mots sur les tissus

 

Précisons d'emblée que cette capsule veut offrir quelques notions de base, avant tout pratiques, aux plaisanciers de croisière - ceux que je rencontre chaque jour à la voilerie - qui se questionnent sur la nature, la composition, le grammage des voiles de leur bateau. On trouvera des articles beaucoup plus techniques sur les tissus modernes dans les revues spécialisées, en particulier ceux écrits par Jean St-Onge, de la voilerie Saintonge de Québec, dans l'Escale Nautique.

Depuis que les voiliers voguent, on a cherché à offrir au vent qui les propulse une surface aérodynamique établie dans leur mâture. Cette surface, proportionnelle aux dimensions et au déplacement du bateau est, depuis des millénaires faite de tissu, si ce n'est, il y a fort longtemps, de peaux de bêtes...

Une fois établie, la voile, pour être propulsive, doit conserver cette forme aérodynamique. En gros, sauf aux allures portantes, cette forme ressemble à ceci :

Sur un bateau, la difficulté est de conserver cette forme. En effet, sous l'influence des changements de force du vent, le tissu de la voile va se déformer:

Petit vent, vent fort, et le bateau n'avancera plus ou gîtera exagérément. C'est pourquoi, depuis que les voiliers existent, on recherche une sorte de tissu:

- pas trop lourd, facile à assembler
- maniable par l'équipage,
- durable
- qui conserve sa stabilité.

L'histoire a vu défiler toutes sortes de tissus, tous plus ou moins bien adaptés à ces fonctions. C'est au lendemain de la guerre l939-45 que la multinationale Dupont de Nemours a mis sur le marché le polyester, qui constitue, sous le nom de dacron en Amérique du Nord, le tissu de nos voiles modernes.

Le dacron est insensible aux intempéries et à l'humidité, et il garde assez bien sa forme quand il est soumis aux étirements:

Etirements mécaniques dûs au vent dûs aux espars et aux manoeuvres: drisses, écoutes, etc.

Quand il est "stabilisé" (enduit de résines à haute températures), le dacron est devenu le tissu idéal pour nos voiles de croisière :

- produit en différentes épaisseurs (grammage), il s'adapte aux petits et grands bateaux

- construit en différentes résistances en trame et en chaîne, il correspond à différents types de voiles où les efforts agissent différemment

- assez stable, le dacron permets de réaliser cette "forme aérodynamique" que nous cherchons, du moins pendant quelques saisons d'utilisation.

- extrêmement résistant, insensible à presque tout (pollution, nettoyages, diluants), son seul ennemi est le soleil, en fait les rayons U-V (d'où, par exemple, la présence obligatoire d'un pare-soleil sur les génois sur enrouleur).

Le dacron, on l'a dit, est un "tissu", par opposition à d'autres produits qui se présentent comme des "films". Sa faiblesse, même stabilisé, est sa déformation dans le biais.

La science du maître-voilier est de savoir utiliser ces caractéristiques de manière à orienter le tissu afin qu'il se déforme aux endroits de la voile où il doit se déformer (par exemple dans les creux), et ne se déforme pas aux endroit où il ne doit pas le faire (par exemple le long des chutes). Les voiles de croisière se présentent souvent de cette manière :

On les dit "cross-cut", ou de coupe horizontale. Cette disposition du tissu ne tire pas le meilleur parti de sa résistance: sur un génois, par exemple, le point d'écoute tire sur le biais, mais c'est la manière la plus économique d'assembler une voile, par opposition à une coupe dite "orientée" (ici, tri-radiale), où les tensions correspondent mieux à l'orientation du tissu.

Dans les voiles de coupe horizontale, plusieurs moyens permettent tout de même d`éviter que la voile se déforme:

- choix d'un grammage légèrement supérieur au minimum
- confection de renforts de grandes dimensions, orientés de manière radiale
- présence de ralingues le long du guindant et de la bordure.

Quand elle est bien faite dans les détails, une voile sérieuse, dont le grammage est bien choisi affrontera plusieurs saisons de loyaux services...mais... les voiles vieillissent ! Les symptômes sont alors évidents:

- le bateau ne remonte plus au près - le bateau gîte
- par conséquent, il dérive au lieu d'avancer
- un jour ou l'autre, c'est la grande déchirure lors d'une prise de ris mal fagotée ou d'un empannage acrobatique!

Il n'y a pas de miracle!

Il m'arrive de comparer l'usure d'une voile à celle d'un pneu: on change ce dernier avant qu'il ne soit "sur la fesse", car on connaît le danger de rouler sous la pluie avec un pneu lisse. La seule différence, c'est qu'une voiture fait 100 km|h. Notre voilier marche à 5 ou 6 noeuds. C'est pratiquement sans danger d'avoir un bateau qui ne pointe plus. Simplement, c'est dommage!

 

Informations

Atelier:
13 890, rue des Bouleaux
MIRABEL, J7N 3E9
tél. : (450) 475-0026
Adresse électronique: voiles.sud @ videotron.ca 

Accueil Remonter