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Les tissus pour l'an 2000
(inspiré de Yachting Monthly Janvier 1999)

Les quelques précisions ci-dessous vous aideront peut-être à savoir de quoi vos amis parlent quand ils évoquent leur dernier achat de voile, et qu’ils assaisonnent leurs propos de termes techno comme Spectra, Mylar, Kevlar, 3-D, quand ce n’est pas Genesis, Diax LSP ou Pentex.

Pour commencer, consolez-vous: 80% des voiles confectionnées dans le monde en 1999 le sont en Dacron. (rappel : Dacron est le nom américain du polyester utilisé en voilerie, presque exactement la même fibre de base dont on fait nos chemises, nos robes, bref la plupart de nos habits).

Les voiles de dacron sont celles qui offrent le meilleur compromis de prix, performance, longévité, et facilité de manipulation. La voile idéale de croisière est facile à manier, elle s’étire le moins possible et, quand elle le fait, elle retrouve sa forme initiale.

Malheureusement, la plupart des efforts auxquels elle est soumise s’effectuent dans le biais du tissu, ce qui oblige les maîtres-voiliers à “tourner celui-ci en tous les sens”, à le disposer souvent en triangles multiples afin que ces efforts se distribuent le plus possible dans le droit fil du tissu.

Par opposition, les tissus laminés sont construits par couches, chacune de ces couche ayant une tâche spécifique, l’une pour résister aux efforts dans le biais, l’autre pour renforcer certains axes de tension, l’autre pour assouplir ou alléger l’ensemble. Les produits qui permettent ces assemblages portent des noms high-tech qui attirent l’attention des spécialistes et intimident les braves gens que nous sommes.

VECTRAN: exclusivité des voileries HOOD est un véritable “tissu” de polyester, mais renforcé, dans le sens “largeur” (la trame) par des fibres aramides qui résistent aux étirements. Le Vectran reste souple. Il est considéré comme un “laminé de croisière”. Il reste sensible aux U-V.

GENESIS: exclusivité de Sobstad permet d’obtenir des voiles quasi moulées, d’où suppression des coutures d’assemblage. Les polyesters et autres aramides sont contrecollés et disposés au long des lignes d’efforts. On a là une voile de course, pièce de haute technologie qui exige un grand soin de manipulation. Plusieurs saisons d’utilisation font ressortir des risques de délamination, problème fréquent quand on sort du polyester.

KEVLAR: produit utilisé par de nombreux fabricants de voiles, plus résistant et plus léger que le polyester. C’est un de ces produits qu’on utilise en filaments, en “mesh”, en bandes intégrés dans les couches dont il est question plus haut. Son prix, sa faible résistance aux U-V le réserve lui aussi au domaine de la course.

SPECTRA: il offre la meilleure résistance à l’étirement parmi toutes les fibres utilisées en voilerie. Sa réaction aux U-V est excellente, ainsi qu’à l’abrasion. Il est souple, permet de confectionner des voiles... blanches! La fibre idéale? Il n’y a pas de miracle: sa résilience est faible: soumis à de forts étirements, au contraire du dacron, il ne “revient pas”, et a tendance à se déformer sans retour. De plus, son prix ne se compare pas au polyester.

DYNEEMA: très proche de Spectra, et utilisé par des gens compétents dans des grammages assez lourds, il est souvent considéré comme le meilleur produit pour des voiles de très grande surface.

PENTEX: (naphtalate de polyéthylène), le dernier né parmi les fibres permettant un “tissage” du produit... Le résultat n’est donc plus un assemblage de couches, mais bien un tissage. Les résistances à l’étirement en trame aussi bien qu’en chaîne sont très supérieures à celles des dacrons de la meilleure qualité. Cela en fait le choix pour les coupes radiales où l’étirement en trame a toujours été un problème. De plus, le Pentex offre une sensibilité moindre aux rayons U-V. Son prix (qui est une fraction du prix final de la voile) est environ le double de celui du meilleur polyester.

Je laisserai Philippe Oulhen vous expliquer les mystères du 3-DL de chez North!

L’an 2000 verra-t-il disparaître les machines à coudre et les voiles cousues? On peut le penser. Plusieurs spis sont aujourd’hui collés. Les objets familiers dits de confection ont vu leur fabrication changer de manière radicale. Mais, malgré les millions de “running shoes” collés que nous portons, les machines cousent toujours les chaussures. Nos voiles devraient durer ce que durent nos voitures: entre dix et quinze ans (trois cent mille kilomètres divisés par trente mille kilomètres par an = dix ans...)

Fasse Éole que les technologies de demain le permettent toujours!

 
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