La garde-robe
Lexpression doit nous venir des nos cousins; elle en agace quelques-uns mais elle
est consacrée,
donc gardons-la.
La garde-robe est lensemble des voiles quon retrouve sur un voilier.
Les voiliers de course déploient parfois une garde-robe impressionnante: deux
grand-voiles,
quatre ou cinq voiles davant, deux spis, sans parler des bateaux de haute
compétition, ou de tour du
monde, qui transportent jusquà vingt à vingt-cinq sacs dans la soute à voiles.
Nos ambitions sont plus modestes, et dépendent, pour nos sloops, du programme de
navigation
et du portefeuille du propriétaire. Ajoutons que la présence dun enrouleur a
changé la donne
traditionnelle en supprimant la présence dans la cabine dun ou deux sacs de focs et
génois, ce qui
ne dérange personne, bien au contraire.
Sil sagit déquiper, ou de rééquiper un voilier, procédons par
ordre...
A. Grand-voile: 3 choix possibles.
1) Grand-voile dite traditionnelle, cest-à-dire celle qui a été prévue par le
constructeur. Sa surface est déterminée par les deux dimensions P et E, soit P x E/2 ,
ce qui donne le triangle théorique. La surface réélle est différente, car augmentée
de son rond de chute. Cette voile, taillée dans un grammage qui tient compte du
déplacement du bateau et de son programme de navigation, comporte 4 lattes, un, deux ou
trois ris, un cunningham, un ris de fond, un nerf de chute et souvent une bande de profil
en couleur.
Cest la voile que lon retrouve habituellement sur nos voiliers, et
parfaitement adaptée à toutes les formes de croisières, lacustres ou hauturières.
2) Grand-voile pleines lattes ou fullbatten. Ses avantages sont: moins
détirement du tissu, moins de fasseyage, silence dopération, très léger
avantage par vent léger au portant. Ses inconvénients sont: plus de poids à cause des
lattes, risques dusure des goussets par ragage vent arrière, encombrement à
laffalage et, pour les grandes surfaces, obligation dinstaller des embouts sur
roulements aux extrêmités guindant des lattes, prix dinstallation non
négligeable.
Les voileries proposent de couper avantages et inconvénients en deux en
installant les deux lattes de tête fullbatten seulement, et appellent cette
formule 2x2!
3) Grand-voile sans lattes, dite aussi voile suédoise. Cest la proposition inverse
de la voile pleines lattes: coupée comme un génois sur la chute, cest-à-dire
avec une échancrure au lieu dun rond de chute, cette voile ne comporte aucun corps
étranger (les lattes), donc aucun des inconvénients qui accompagnent celles-ci.
Conséquence: une perte denviron 12% de sa surface.
Cette voile sera choisie pour les navigations au long cours, ou les facteurs vitesse et
performance sont moins importantes que la tranquillité desprit.
B. Voiles davant:
Léquipement en voiles davant tient également compte des conditions locales
de navigation. En général, sur nos lacs, les bateaux comportent un foc de route de 100%,
un génois léger de 150% et, si on sen offre le luxe, un spi ou un DRS . Une
navigation plus lointaine demandera souvent la présence rassurante dun tourmentin.
Dès quon envisage un programme plus sérieux, et si lespace le
permet... il
faudra penser à un génois lourd plus petit, 135% ou 125 % environ.
Cest à ce moment que se pose la question de lenrouleur: plus de changements
de voiles dans le balcon, simplicité de la manoeuvre, important gain despace dans
les coffres ou le poste avant. Si ce choix est fait, on envisagera
souvent la confection dun génois pour enrouleur de 150% pour les lacs, et de 130%
environ pour des parcours en mer. Toute lattention devrait être portée sur le
grammage du tissu utilisé pour ce génois: en effet, la voile en question devra subir
sans se déformer, des forces de vent très différentes. Cest ici, très
exactement, quon parle de compromis!
Les limites de lenrouleur posent, pour des passages de plusieurs jours en toute
sécurité, la question de pouvoir hisser, ( enrouleur complètement enroulé) une autre
voile, plus résistante, taillée plus plate, qui sollicite moins le gréément. Il est
illusoire de penser quon puisse, dans des conditions raisonnables, affaler un
génois pour enrouleur par trente noeuds de vent, pour le remplacer par un génois plus
fort et plus petit. La voilerie ATN offre bien un tourmentin qui peut se hisser par-dessus
le génois enroulé. Si le système fonctionne sans problème... la solution est
intéressante.
Plusieurs plaisanciers songent à installer un bas-étai larguable et une trinquette. Voir
larticle sur le sujet rédigé par Philippe Oulhen dans lEscale nautique.
Cette solution nécessite une installation très sérieuse, est nest pas adaptée
aux unités de moins de 35 pieds.
Pour donner à la garde-robe une note de couleur, quelques mots sur les spis et DRS.
Le spi est, à lorigine, une voile de course, qui nécessite un accastillage
spécial : tangon, balancine, hale-bas, poulies de renvoi sur le pont. De plus, il demande
un certain savoir-faire et parfois, une paire de brase solides...
Le DRS est la version croisière du spi. Plus petit denviron 15%, il est facile à
manoeuvrer et son accastillage est simplifié. Cest une voile très puissante par
petit temps, qui a plus de deux fois la surface du grand génois. Alors que le spi est une
voile de vent arrière, le DRS est plutôt une voile de grand largue; amurée comme un
génois, elle est plus sujette à être déventée par la grand-voile. Le summum du luxe
sera la chaussette, qui permet détablir et de rentrer un DRS très aisément.
Spis et DRS sont réalisés en tissu de 0,75 ou de 1,5 onces, et peuvent présenter une
coupe radiale pour la tête de la voile seule, ou tri-radiale, où lensemble de la
voile est coupée de manière orientée. Elle sont les deux seules voiles de nos voiliers
construites en nylon.