Enrouleurs et compagnie
Lors de lachat dun enrouleur, le plaisancier dirige son choix le plus souvent
vers une marque, parce que la publicité en parle, parce quun ami la lui recommande,
et aussi, bien entendu, vers un prix.
Le même plaisancier peut, à juste titre, se poser des questions devant les prix qui lui
sont proposés, ou plutôt sur limportante différence de prix pour ce quil
croit être une même machine.
Cest là que quelques informations techniques peuvent être utiles.
Sans parler de marques, les enrouleurs de génois se divisent en deux familles:
- ceux qui travaillent en extension
- ceux qui travaillent en compression
Les enrouleurs qui travaillent en extension comportent un émerillon, tiré vers le haut
par la drisse de génois.
Ceux qui travaillent en compression comportent, visible ou pas, une poulie en tête de
lextrusion qui renvoie vers le tambour une drisse fournie par lenrouleur.
En dautres mots, les uns (extension) utilisent la drisse du bateau pour hisser la
voile par lintermédiaire dun émerillon. Les autres (compression)
nutilisent pas la drisse du bateau.
Ce qui précède implique des différences importantes sur la conception de
lappareil et sur son prix:
a) lenrouleur en extension doit comporter deux roulements, lun dans le tambour
et lautre dans lémerillon. Ces roulements travaillent en même temps en
rotation et en extension, en plus quils doivent être absolument étanches à
leau de mer. Leur usinage doit être extrêmement soigné, donc coûteux.
b) lenrouleur en compression, lui, na besoin daucun roulement, puisque
leffort à létarquage est renvoyé sur le tube lui-même par
lintermédiaire de la poulie de tête. Lensemble tambour-tube-poulie-drisse
est indépendant. Il lui suffira dun support en plastique placé au-dessus du ridoir
de létai pour effectuer la manoeuvre enrouler-dérouler.
Il y a plus: lenrouleur en compression ne verra jamais la drisse chercher à
senrouler autour du tube (un bobo bien connu aux enrouleurs du type extension mal
conçus !)
Ce même type permet, à la limite, léconomie dune drisse pour le spi,
puisque celle du génois est inutilisée...
Par contre, un défaut souvent reproché à ce modèle est la difficulté quil
présente à létarquage progressif du génois:
- la manoeuvre ne peut pas être renvoyée au cockpit (puisquelle
tourne avec la voile)
- absence de palan et de place pour étarquer et amarrer la drisse
- réglage impossible dès quon commence à enrouler la voile.
Un autre fait commercial pénalise les modèles qui travaillent en compression: leurs
fabricants, afin dutiliser au mieux leur avantage en termes de prix, nont pas
apporté à la fabrication des tubes/extrusions la même attention que leurs concurrents.
Noublions pas que ces tubes travaillent dans des conditions très difficiles:
- à la torsion à cause de la différence deffort à appliquer dans le bas et dans
le haut de la voile pour lenrouler,
- à la flexion, à cause de la courbe générée par le vent dans létai, et des
mouvements avant-arrière du mât dans la vague.
Les extrusions des appareils plus chers
sont fabriquées en alliages aluminium-titane, et les paliers qui joignent ces tubes, eux
aussi, présentent des caractéristiques mécaniques sophistiquées.
Lidée de cette capsule nest pas de prendre parti pour lune ou
lautre de ces familles denrouleurs. Ceux qui travaillent en
compression offrent une remarquable simplicité de conception, ce qui, sur un voilier, est
souvent sans prix. Dommage que leur réalisation technique soit encore assez primitive.
Les autres, plus chers et plus high-tech, ont fait leurs preuves dans la
plupart des grandes épreuves océaniques.
Et surtout, ne pas oublier: quel que soit le modèle ou la famille denrouleur
recherché,cest la tension de létai qui soulagera le travail de
lappareil et donnera la meilleure forme à la voile.
En bref: Savoir évaluer ce quon achète...
Pour complément dinformation, concernant notre région de navigation:
en compression, les modèles Cruising Design (CDI), USA; Simplicité, Qc;
Technifurl, France.
en extension, les modèles Harken, USA; Profurl, France; Facnor, France;
Hood, USA