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Voiles finies?

Quelle est la longévité de nos voiles?
A quel moment est-ce que je dois songer à les remplacer?
Est-il vrai qu’une voile peut durer 2 saisons? Dix ans? Vingt ans?

Sur ce point, plusieurs opinions s’affrontent, et il faut faire une première distinction entre ceux qui régatent et les autres.

Dennis Connor a repris la barre, en décembre 1999, d’un bateau de la Coupe America pour une régate qui n’avait pas de conséquences sur le classement, en utilisant un jeu de vieilles voiles: elle dataient de l’an passé, et elle étaient "finies"!

Yves Gélinas m’a fait refaire la garde-robe de Jean-du-Sud, qui portait encore ses voiles de tour du monde, elles avaient vingt-sept ans et, pour lui, et ben… elles n’étaient pas exactement finies!

Restons raisonnables et parlons entre gens de croisière, dont le voilier porte des voiles de dacron.

Une autre distinction s’impose, et elle est importante: il faut faire la différence entre la "longévité aérodynamique" d’une voile et sa "longévité mécanique". Exemples:

ma voile est encore en bon état, elle ne remonte plus au près = elle est aérodynamiquement finie…
ma voile s’est déchirée déjà deux fois = elle est mécaniquement finie!

Ceci implique une troisième distinction: L’allure à laquelle on attend une bonne efficacité de sa voile.

Les voiles de Jean-du-Sud ne remontaient plus au près depuis longtemps.

Yves Gélinas, qui s’inspirait peut-être du dicton anglais: "Gentlemen never sail upwind" s’en servait aux allures portantes, que ses voiles acceptaient encore parfaitement, car elles étaient très bien construites.

C’est l’allure de près serré qui exige une forme aérodynamique parfaite. C’est aussi l’allure de près serré que nous autres, navigateurs de lac et de fleuve, avons nécessairement besoin de prendre la plupart du temps.

Voilà pourquoi une voile qui a perdu sa forme ne sert plus à grand’chose: le maître-voilier, ou son logiciel, lui a donné un rapport de creux de 1/10, ou 1/12, ou 1/15, placé très exactement à 48% du bord d’attaque. Le bateau fait un près satisfaisant, ou remarquable, tout le monde est content.

Dans les cinq ans qui suivent, le dacron se déforme, quelle que soit sa qualité, et ce creux recule à 60%, en même temps qu’il augmente à 1/18, 1/20 et plus.

Résultat: on perd cinq, puis dix degrés au vent sur chaque bord. Impossible de prendre la bouée qu’on avait en vue. Obligation de rentrer au port ou au mouillage sur cinq "tacks" au lieu de deux. De plus, le bateau gîte, car le vent fait coucher cette poche de dacron au lieu d’être propulsif.

On parle ici d’une voile qui a perdu une bonne partie de ses qualités aérodynamiques.

Faut-il la remplacer?

C’est une question personnelle: exigences qu’on a vis-à-vis des capacités du bateau, budget, etc.

Avant de se déchirer et de ruiner des vacances, cette voile peut encore être utilisée pendant plusieurs saisons. Elle aimera le largue et le vent arrière sans problème.

La " fin mécanique " d’une voile de dacron, c’est la déchirure à répétition.

Un test: si votre voile a une petite déchirure sans conséquence, prenez le tissu entre les pouces et essayez d’agrandir la déchirure. Si le tissu résiste (il est impossible de déchirer à la main un tissu neuf de 5 onces en dacron), votre voile est encore "mécaniquement bonne".

Si le tissu se déchire, ne partez ni en vacances, ni à travers l’Atlantique avec cette voile: les troubles à venir son assurés.

Une revue nautique américaine a affirmé, et cette affirmation étonne, mais elle a pas mal de sens: "Une voile a la même durée de vie que votre voiture!"

Raisonnement: en 1999, avec environ 20 000 kilomètres par an, on peut attendre d’une voiture qu’elle ait besoin de réparations sérieuses à 200 000 kilomètres.

Dix ans…

Une voile qui navigue 25 jours par saison x 8 heures par jour = 200 heures /an.

En dix ans, elle a navigué 10 x 200 heures = 2000 heures, ce qui est le même temps qu’une voiture a mis pour parcourir ses 200 000 kilomètres à 100 km/heure !

CQFD, comme ils disent

Au Québec, nos saisons sont courtes, le soleil tape moins fort que dans le Sud et nos conditions de navigation sur les lacs sont moins dures qu’en mer.

Conclusion: dix à quinze saisons sont une mesure acceptable pour la vie d’une voile.

Mécaniquement, elle peut durer plus longtemps.

Aérodynamiquement, donnons-lui la moitié de ce temps pour être capable de marcher au près, et de moins en moins bien.

Consolation pour les gens de croisière: les voiles en composite, mylar, spectra, kevlar et autres produits dits "aromatiques" ont une durée de vie mécanique plus courte, et aérodynamique "beaucoup plus courte". Par contre, quand elles sont neuves, elles sont incomparables!

Dernière remarque à l’intention de ceux qui achètent un bateau: Si vous achetiez une voiture d’occasion, vous accepteriez de devoir changer les pneus, la batterie, peut-être le pot d’échappement… Les voiles, sur votre nouvel achat…c’est un peu la même chose !

 
Informations

Atelier:
13 890, rue des Bouleaux
MIRABEL, J7N 3E9
tél. : (450) 475-0026
Adresse électronique: voiles.sud @ videotron.ca 

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