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Du vent dans les voiles Nous connaissons tous la bénédiction que représentent 12-15 nœuds grand largue, par un bel après-midi ensoleillé. Ce qui nous est moins familier, sont les effets négatifs de ce même 15 nœuds sur notre frêle embarcation. On commence à mieux les ressentir au près serré, mais il est rare qu’on ait conscience des forces adverses que ce même vent exerce contre le bateau, le gréement et surtout contre les voiles. Comment s’appelle celui qui écrivit: P = 0,01 x V² où P
= poussée en livres par pied carré En français ordinaire, par 12 nœuds de vent, la poussée reçue par chaque pied carré du bateau = 0,01 x 144 = une livre et demi approximativement. Une grand-voile de Tanzer 22 reçoit donc une poussée de 122 x 1,5 = 183 livres, par 12 nœuds de vent. Très joli, pour le moment, la mer est belle… Par 20 noeuds de vent (un petit Force 5, quelques moutons sur le lac), la même voile reçoit 500 livres de poussée. Et je n’ai pas encore hissé le génois de 200 pieds carrés. Lequel recevra 800 livres! Si on continue l’exercice,le même pauvre Tanzer 22 sera soumis, par 25 noeuds de vent, Force 6, à une poussée de 6,25 livres par pied carré de voile hissée, soit, pour Grand-voile et foc, approximativement 1500 livres de poussée (sans compter, évidemment, la surface de la coque + gréement) On comprend pourquoi il faut mettre trois gros bonshommes à la gîte! Et attention: nous ne sommes pas en mer, où l’action des vagues va multiplier ce désagréable phénomène par un autre facteur! Ceci nous mène à quelques considérations sur les voiles, et en particulier sur les génois sur enrouleur. En effet, notre garde-robe de voiles d’avant sur mousquetons (génois #1, génois lourd, foc de route + tourmentin) a presque disparu au profit de ce superbe compromis installé aujourd’hui sur la majorité des bateaux de croisière. A quel prix? Il est possible que nous lui en demandions vraiment trop! A l’époque, nous hissions une autre voile d’avant si le vent montait: une voile plus petite, plus lourde, (je veux dire en tissu plus lourd), et plus plate. Le grand génois était fabriqué en 4 onces, le génois lourd en 5 onces, le foc de route en 6 onces et le tourmentin en 7. Aujourd’hui, nous demandons au génois sur enrouleur de faire tout le travail! Or, ce génois est taillé avec un creux qui correspond à sa surface, et qu’on ne peut pas changer. Il est également taillé dans un tissu qu’on ne peut pas alourdir. La seule merveille du génois sur enrouleur, est qu’on peut le rapetisser en tirant sur un seul cordage, la drosse de l’enrouleur. Et la malédiction est que, plus on le rentre… plus il creuse, ce qui est exactement l’inverse qui devrait se passer. Bien sûr, les voiliers ont essayé d’apporter remède à cette situation. Ce qu’ils ont trouvé n’est pas merveilleux, quoi qu’on en dise: le «foamluff», ou rattrapeur de creux est une épaisseur de mousse à cellules fermées en forme de banane, qu’on installe sur la voile, près du guindant, et qui est censée reprendre le creux de la voile à chaque tour pris sur l’enrouleur. C’est mieux que rien. (A noter ici que le skipper peut diminuer cette déterioration du creux du génois en donnant un maximum de tension à l’étai, par l’intermédiaire du tensionneur de pataras) Ce qui précède explique encore une fois pourquoi il est très hypothétique de transformer un ancien génois pour l’installer sur l’enrouleur. En général, on choisit le plus grand génois du bateau, et c’est le plus mauvais choix. En effet, ce grand génois est taillé en tissu léger. De plus, il a eu une vie antérieure, souvent de plusieurs années où il a été passsablement étiré. Avec trois ou quatre tours pris sur l’enrouleur,on est certain de naviguer avec un sac: beaucoup de gîte, fini le près serré, risques de déchirures, évidemment au milieu de la semaine de vacances! Alors, quoi faire? Jeter l’enrouleur par-dessus bord? Non. Plutôt connaître les limites de ce merveilleux compromis: on ne fera jamais un tourmentin d’un grand génois enroulé... Quelques suggestions utiles pour profiter au maximuim de votre enrouleur: - y monter un génois taillé pour enrouleur, en tissu adapté au temps où vous naviguez d’habitude. - prévoir un second génois, plus petit, plus lourd et taillé plus plat pour des croisières plus sérieuses et plus ventées. On pourra ne pas équiper ce second génois de pare-soleil si on ne le laisse pas à poste en permanence. Sur nos lacs, un 150% et un 120% seraient une suggestion. Sur le Fleuve et en mer, un 135% doublé d’un 110-120% devraient couvrir la plupart des conditions de vent et de mer. Petite note: le passage d’un génois à l’autre se fera beaucoup mieux au mouillage! Petit rappel: Un Sunshine 38 par 35 noeuds de vent porte un ris et son foc de route, soit environ 660 pieds carrés de voile. P = 0,01 * V² = 12,25 * 660 = 8000 livres de poussée dans ses deux voiles. Si son génois est enroulé comme un foc de route, il mesureenviron 340 pi2 et subit une poussée à lui seul de 4100 livres.
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